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Entreprendre sur Internet

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Combien valez-vous ?

Posté par Alexandra novembre 17, 2010, dans Entreprendre | 3 commentaires

Oui, vous avez bien lu, non, ce n'est pas une erreur de ma part même si cela vous paraît un brin provocant...

Notre époque, marquée par le slogan "parce que je le vaux bien" (qui, soit dit en passant, a très largement contribué à exacerber les individualismes), marquée aussi par la crise économique, par l'affirmation en Europe des politiques ultra-libérales, par l'apparition du statut des auto-entrepreneurs, nous amène à nous poser cette question de manière un peu douloureuse.

En effet, lorsque, suite à un licenciement (économique ou pas), suite à différents "accidents de la vie", voyant que les mois, les années passent sans qu'il soit possible de retrouver un emploi stable, on envisage sérieusement de créer sa propre activité, plusieurs questions cruciales vont survenir, notamment celle qui concerne le prix que nous allons demander pour un service, pour un savoir-faire, pour une compétence.

Pour celles et ceux qui détiennent une qualification professionnelle dans un métier clairement identifié, il y a encore la possibilité de se référer à des barèmes fixés par leurs corporations, par leurs syndicats. Mais pour les autres ?

N'oublions pas qu'il existe encore dans ce pays un truc complètement archaïque qui s'appelle le SMIC !

D'aucuns sentiront poindre comme une touche de cynisme dans ma dernière phrase... oui, j'avoue que s'il est réconfortant de savoir qu'il existe encore des lambeaux de droit du travail dans notre beau pays, il faut aussi constater que ce qu'il en reste est clairement malmené depuis quelques années.

De fait, face au dumping social, qui sont encore les entrepreneurs assez fous pour prendre la responsabilité d'une armée de salariés à qui il faut verser un salaire minimum et ce, que les affaires soient bonnes ou qu'elles soient mauvaises ?

Alors bien sûr, il est très tentant (et parfois on n'a pas d'autre choix) de lancer sa propre activité, la liberté que l'on y trouve est sans pareille, la responsabilité sur ses propres résultats est pleine et entière et la possibilité de réussir est réelle.

Mais qu'en est-il de ceux qui n'ont pas préparé leur projet ? Qu'en est-il de ceux qui se lancent pour vendre une compétence dont ils ne savent rien ou presque ?

Et que se passe-t-il lorsque la concurrence est telle que le seul moyen d'avoir des clients est de casser les prix à mort ?

Je suis souvent atterrée de voir le prix que demandent certains auto-entrepreneurs pour leurs services ! Ils pensent sans doute qu'ils vont faire fructifier leur activité en faisant payer des cacahuètes. A mon avis, ils ont tort.

Lorsque j'ai décidé de créer mon service de correction, j'ai fait de longues recherches pour savoir quelles étaient les pratiques dans ce milieu. J'ai visité de très nombreux sites, j'ai pris des renseignements auprès des organismes professionnels, j'ai étudié les prix d'autres professionnels et c'est de cette façon que j'ai pu me situer pour déterminer ma grille tarifaire.

Il me semble important de réfléchir à plusieurs facteurs lorsqu'on cherche à se positionner dans un métier (ou dans un marché) :

1. la concurrence déloyale : face à des professionnels qualifiés déjà en exercice depuis longtemps, il ne me semble pas éthique d'arriver sur le terrain en affichant des tarifs sacrifiés, même lorsqu'on débute. Ceci dit, j'ai parfaitement conscience que l'éthique appartient elle aussi depuis quelques temps à la catégorie des archaïsmes... ;-)

2. le travail à perte : tous comptes faits, lorsqu'on a soustrait ses charges, ses impôts et autres charges fixes, que reste-t-il ? Je vois des gens travailler pour moins de 5 euros nets de l'heure... ça me laisse sans voix !

3. le respect pour son propre travail : si on est capable d'accepter de fournir un travail qualifié pour moins de cinq euros de l'heure, je ne sais pas vraiment quel respect on peut avoir pour son propre travail. J'aurais envie d'ajouter que si on ne respecte pas son propre travail c'est qu'on ne se respecte pas soi-même, tout simplement. Dès lors, il n'y a aucune raison pour que nos clients nous respectent.

4. la misère pour tous : tout le monde cherche à payer les biens et les services le moins cher possible. Personne n'ignore les effets dévastateurs de la mondialisation de l'économie : nombreux sont les industriels et les prestataires de services qui délocalisent leurs activités pour faire baisser leurs coûts, ce qui se traduit au final par de meilleurs prix pour nous. Mais en acceptant de travailler pour moins cher que le salaire minimum légal sur notre propre sol, nous tirons toute l'économie vers le bas. Cela signifie à terme que la grande majorité de nos concitoyens ne gagnera plus assez pour consommer des biens et des services. Quand je dis "à terme", nous en voyons en fait déjà les effets pervers, il faut vraiment être aveugle pour ne pas s'en rendre compte.

Donc oui : évaluer son niveau de compétence au juste prix et ne pas surévaluer le prix de ses services tout en restant dans une tarification qui respecte le droit du travail. Mais non : casser les prix pour avoir plus de clients, ce qui revient à scier la branche sur laquelle on est assis et aura pour effet de fragiliser l'avenir au lieu de le conforter.

Alors : combien valez-vous ? Combien vaut une heure de votre temps ? Réfléchissez bien à cette question : si vous estimez une heure de votre temps à moins de cinq euros, combien d'heures vous faudra-t-il travailler dans le mois pour percevoir (peut-être) un SMIC ? Valez-vous si peu que ça ? Pourquoi accepteriez-vous d'aligner votre vie sur celle que l'on peut vivre sous d'autres latitudes moins prospères ?

Comprenez bien que c'est en maintenant un niveau de vie élevé chez nous que l'on peut espérer voir le niveau de vie augmenter ailleurs, pas l'inverse.

Pendant très longtemps, parce que c'était un moyen pour moi de faire connaître mon travail, j'ai accepté de travailler moyennant un échange de services ou dans des partenariats. Ce n'est pas un mauvais calcul, il faut bien démarrer et bâtir sa notoriété. Mais cette situation ne soit pas s'inscrire dans la durée, il y a un moment où cela devient inacceptable tout simplement parce qu'il faut bien vivre et couvrir ses charges.

Il y a aussi un moment pour apprécier son travail à sa juste valeur et pour refuser de brader son savoir-faire et ses compétences. Notre temps a de la valeur et si le travail qu'on fournit est à la hauteur de ce qu'on prétend vendre, alors il n'y a aucune raison pour accepter de brader son temps, voire de donner de son temps sans contrepartie substantielle.

Alors bien sûr, il ne faut pas refuser ponctuellement de négocier des arrangements mais il apparaît clairement que le fait d'afficher des tarifs trop bas ne peut en aucun cas conduire à obtenir le respect de ses clients potentiels.

Certains prétendent que plus on demande cher et mieux on est respecté. Je pencherais plutôt pour rechercher un équilibre dans lequel on se sent justement rémunéré pour une compétence confirmée et reconnue à l'intérieur d'un métier dont les balises tarifaires peuvent être facilement identifiées.

S'inscrire dans un métier ou dans un autre, c'est aussi, au regard de ses homologues, une question de savoir-vivre. Tout sauf la jungle sauvage et féroce, plutôt une concurrence saine qui favorise l'émulation. Moyennant quoi, il y a de la place pour tout le monde.

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Actuellement 3 commentaires

  1. Excellente analyse, j'ai pris bonne note de ce blog (et je le fais rarement). Le problème avec les employés c'est qu'on vit dans une société qui accorde encore trop d'importance à la valeur TEMPS et non à la seule valeur qui compte vraiment : les résultats. On est souvent payé à l'heure, peu importe notre productivité. C'est un gros problème.

    Yoann

  2. Bonjour Yoann, merci pour ce commentaire qui ouvre un abîme de réflexions... ne serait-ce que concernant le sujet de l'utilisation (et éventuellement aussi de l'optimisation) du temps dans le champ "professionnel".

    J'ai lu plusieurs de vos articles avec beaucoup d'intérêt (et du coup moi aussi j'ai pris bonne note de votre blog :-) ) et j'entends bien qu'il y a plusieurs moyens d'améliorer ses résultats mais n'oubliez pas que le temps passé sur certaines tâches est totalement incompressible.

    Pour prendre un exemple : je voudrais passer moins de temps sur mes corrections que je ne le pourrais pas ! Et ce, même si je suis la meilleure correctrice du monde, le plus performante etc. Et même en admettant que ce soit le cas (:D), je voudrais demander un tarif plus élevé que je ne le pourrais pas non plus !

    On ne peut pas tout réduire à une simple question de productivité. Au mieux, on peut tendre vers l'excellence dans sa pratique pour se sentir bien par rapport à ce qu'on vend et par rapport au prix qu'on demande sans tomber dans les travers d'une inflation tarifaire uniquement basée sur la notoriété.

    Au plaisir de vous lire !
    Alexandra

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